Mathador à Vienne : témoignage d’un enseignant qui fait aimer les maths !

Les CM2 du Lycée Français de Vienne en Autriche avaient terminé juste aux pieds du podium lors du concours Mathador 2024-2025 dans la catégorie Cycle 3. L’équipe Mathador s’est entretenu avec leur enseignant, Guillaume Jacques, un enseignant fidèle au concours Mathador depuis plusieurs années. Il nous livre tous ses secrets autour de la préparation de ses élèves au concours Mathador et de ses méthodes pédagogiques en calcul mental.

Lycée Français de Vienne, Autriche

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours en tant qu’enseignant ?

Originaire du Val-de-Marne, j’ai obtenu mon CRPE en 2006 dans l’académie de Créteil. Mes premières années ont été marquées par l’enseignement spécialisé (CLIN, CLIS, SEGPA, hôpital de jour). Ces années ont été fondatrices : elles m’ont appris l’importance de l’adaptation et de la décomposition des apprentissages. En 2013, j’ai rejoint le Lycée Français de Kiev. J’y ai construit une grande partie de ma vie, j’y ai fondé ma famille et j’y ai enseigné avec bonheur pendant dix ans. Suite à la guerre, j’ai obtenu un poste au Lycée Français de Vienne en 2023. J’enseigne en CM1/CM2 depuis plus de dix ans maintenant.

Avez-vous remarqué des différences dans la manière d’appréhender les mathématiques en Autriche ?

C’est surtout mon expérience en Ukraine qui a forgé mon regard. Là-bas, il existe une culture et une véritable passion pour le calcul automatisé et mental. J’ai eu la chance d’y avoir une grande liberté pédagogique et un appui solide de ma direction pour expérimenter. À Vienne, j’observe que l’enseignement des mathématiques conserve une image très positive. En Autriche, il existe une vraie culture de la rigueur et de la logique.

Ce qui frappe au Lycée Français de Vienne, c’est la mixité des profils (Autrichiens, Français, et de nombreuses autres nationalités). Cette diversité fait du calcul mental un « langage universel » : peu importe la langue maternelle, le nombre est un terrain de jeu commun. Mathador s’inscrit parfaitement dans ce cadre car il permet de gommer les barrières linguistiques au profit de l’agilité mentale.

Quelle place prend l’exercice du calcul mental dans votre enseignement ?

C’est notre rituel d’ouverture de 10 à 15 minutes chaque jour. Ma progression est totalement synchronisée avec Mathador : les notions (multiples, critères de divisibilité, distributivité…) sont introduites en lien direct avec des exemples de tirages. Cela donne du sens aux apprentissages : chaque nouvelle compétence est une « arme » supplémentaire pour réussir son prochain défi Mathador. Mon expérience en AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap) m’a appris qu’un élève qui ne maîtrise pas le nombre comme un objet malléable sera vite bloqué. J’accorde donc une importance capitale à la disponibilité des faits numériques (tables, doubles, compléments).

Au-delà de l’automatisme, je cherche à développer l’agilité : on apprend à décomposer, à pivoter autour des nombres. J’utilise également l’application Mathador sur iPad en classe et à la maison, ce qui permet de se challenger en complément d’autres épreuves comme le concours Kangourou ou la Course aux nombres.

Lycée Français de Vienne, Autriche

Comment travaillez-vous le calcul à l’endroit / calcul à l’envers ? Mettez-vous en place une phase de verbalisation avec les élèves ?

Pour le calcul à l’endroit, l’objectif est la construction d’automatismes solides via la mémorisation active, je fais des défis de vitesse chronométrés et on utilise des outils numériques sur iPad. Pour le calcul à l’envers, nous travaillons à partir d’un nombre cible et cherchons ensemble les différents chemins possibles. La verbalisation est ici le pilier de ma méthode :

  • > Verbalisation de l’enseignant : j’explicite mes propres stratégies à voix haute (décomposition, utilisation de multiples de 10).
  • > Verbalisation des élèves : je demande régulièrement à un élève d’expliquer comment il a commencé son raisonnement.
  • > Les « Maîtres Mathador » : en fin de période, ces élèves experts animent des ateliers pour expliquer leurs procédures à leurs camarades. Un élève comprend souvent mieux avec les mots d’un pair.

Vous participez depuis plusieurs années au concours Mathador : quels sont vos rituels d’avant et/ou d’après tirage ?

Mes rituels sont fondés sur l‘émulation collective. De septembre à décembre, on s’entraîne individuellement et par équipe (Nous utilisons le système de maisons comme dans Harry Potter dans l’établissement). Lors d’un tirage d’entraînement, la recherche est d’abord individuelle pour favoriser la concentration, puis devient un travail de groupe avec les maisons. Puis je publie chaque semaine sur le blog de la classe une « fiche astuce » liée aux différents tirages.

Une fois le concours démarré, nous continuons nos entraînements individuels ou collectifs et, le jeudi, nous découvrons le tirage que chacun réalise seul, sans aucune aide. Comme pour les autres tirages, il y a une phase de verbalisation et une fiche réponse sur le blog de classe.

Mettez-vous en place des méthodes spécifiques avec les élèves plus en difficulté ?

  • > Le tutorat par les « Maîtres Mathador » : c’est sans doute l’outil le plus puissant. Un élève en difficulté se sent souvent intimidé par la rapidité de l’enseignant. En revanche, lorsqu’un camarade (un « Maître ») lui explique qu’il a « cassé » le 14 en 7 x 2 pour se rapprocher de la cible, le savoir devient accessible.
  •  
  • > La différenciation par les ateliers ciblés : en parallèle de la classe entière, j’organise des temps en petits groupes de besoins. Nous y reprenons les fiches d’astuces publiées sur le blog. Ces fiches servent de « mémoire externe » : l’élève peut s’y référer pour retrouver des décompositions classiques ou des schémas qu’il n’a pas encore totalement intégrés.
  •  
  • > L’iPad comme levier d’autonomie : l’usage de la tablette change la donne pour les élèves qui ont peur de l’erreur. Sur l’application, l’échec n’est pas définitif : on peut réinitialiser, tester un chemin. Cette manipulation ludique permet une pratique intensive sans le stress de la page blanche.

Pour que la classe brille, personne ne doit être laissé au bord du chemin.


Vos classes occupent très régulièrement le haut du classement : quels conseils donneriez-vous aux autres participants du concours ?

Mon conseil principal est de transformer le calcul mental en une aventure collective :

  • > Créer de l’entraide : utilisez le tutorat pour que les plus forts tirent toute la classe vers le haut.
  • > Ludifier : le système de « Maisons » booste la motivation.
  • > Chercher l’optimisation : poussez les élèves à ne jamais s’arrêter à la première solution pour aller chercher le maximum de points.
  • > S’entrainer : ne vous contentez pas d’un tirage en classe. Plus ils pratiquent l’analyse des nombres, plus ils deviennent redoutables !

J’explique aux élèves que pour que la classe brille, personne ne doit être laissé au bord du chemin. La progression des plus fragiles est aussi déterminante pour le score global que la performance des experts. C’est ce principe de solidarité qui transforme la classe en une équipe soudée.

Chaque année est une nouvelle aventure avec des profils très variés mais, en plaçant l’entraide au centre, on s’aperçoit que chaque élève finit par franchir ses propres paliers. J’espère que ce témoignage pourra être utile à d’autres classes. Mathador est pour moi la preuve que l’on peut allier rigueur mathématique et plaisir du jeu, tout en créant une véritable cohésion de groupe.


[Propos recueillis en janvier 2026]

L’Equipe Mathador remercie chaleureusement M. Guillaume Jacques pour le temps qu’il a consacré à répondre à nos questions.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.